Time to see if that French O'level was ever worth it. Or you could do what I normally do and go to
Babel. The Babel translation starts,
In this news of policy-fiction, the essay writer Catherine Lim evokes the consequences of the democratic absence of debate in the country. A cynical portrait of a blocked company.
The reference to a 'blocked company' doesn't make any sense though...
Or you could just read
the original English version here.
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Catherine Lim on Courrier InternationalDans cette nouvelle de politique-fiction, l'essayiste Catherine Lim évoque les conséquences de l'absence de débat démocratique dans le pays. Un portrait cynique d'une société bloquée.
Lors de la quatrième réunion des ministres consacrée à Frankie Mah, un jeune activiste très problématique, le ministre Supremo demande : "Alors, quelles sont les nouvelles ?" Il obtient une avalanche de réponses : le jeune rebelle s'enhardit ; ses partisans sont toujours plus nombreux ; il attire un public sans précédent autour de la tribune du Speaker's Corner [place dans le quartier de Singapour où les citoyens peuvent, selon des règles très strictes, exprimer leur point de vue] ; sur une multitude de forums de discussion en ligne, les jeunes se demandent fiévreusement comment forcer le gouvernement à céder.
"Mais qu'est-ce que c'est ?" s'enquiert le ministre Supremo de sa voix douce et mélodieuse. Le ministre G.C. qui, depuis des années, n'est connu que sous ces initiales, répond avec colère : "La liberté ! Vous y croyez ? Les jeunes sont libérés de la pauvreté, de la misère, de la corruption, et ils veulent la liberté !"
Il émet encore un grognement de colère. Les autres ministres tentent de le calmer.
"Combien de temps allez-vous tolérer ces absurdités ?" demande-t-il. "Ecoutez, je me suis renseigné sur ce type. A 16 ans, il a triché à un examen. A 18 ans, il a engrossé sa petite amie. Pourquoi n'utilisons-nous pas ces informations…"
"Non !" oppose le ministre Supremo avec fermeté, avant de faire l'annonce la plus inattendue qui soit : "Je vais accorder à Frankie Mah tout ce qu'il veut. L'assemblée n'en croit pas ses oreilles. Le ministre G.C. tombe de sa chaise. "Oui", ajoute le ministre Supremo avec calme, "Frankie Mah va obtenir toute la liberté qu'il souhaite."
L'annonce laisse d'abord les Singapouriens muets de stupéfaction, puis c'est l'euphorie. Ça y est ! Ça y est ! Frankie Mah est un héros national.
Les jours suivants, les Singapouriens assistent à des choses qu'ils pensaient ne jamais voir : une foule immense, devant la prison de Changi, brandissant des pancartes contre les condamnations à mort massives ; un public furieux, frappant l'air du poing, réuni autour du Speaker's Corner pour s'opposer à diverses mesures du gouvernement ; un long cortège descendant la Orchard Road [l'artère principale de la cité-Etat] avec un portrait de Frankie Mah, au-dessus duquel on peut lire le mot "Révolution".
"Et vous n'allez rien faire ?" hurle le ministre G.C. "Hier, un manifestant a montré des obscénités tatouées sur ses fesses pour se moquer du gouvernement !"
Le ministre Supremo laisse échapper un petit rire et le rassure : "Ne vous inquiétez pas, tout ira bien." Puis il regarde à nouveau par la fenêtre la foule se rassembler sous un immense portrait de lui, affublé d'une moustache à la Hitler. Il écoute Frankie Mah crier dans un mégaphone :
"Hé, hé, hé, P - A - P
Notre parti à perpétuité
On est drôlement gâté !"
Les autres ministres se lancent des regards inquiets lorsque le ministre Supremo laisse échapper un nouveau rire.
Au cours de la troisième semaine, les choses changent soudainement. Une foule énorme, bruyante, se rassemble pour manifester non plus en faveur de Frankie Mah, mais contre lui. Les manifestants demandent au gouvernement de l'arrêter : il trouble la paix de la vie singapourienne.
La veille, une personne a été gravement blessée lors d'une échauffourée. Avant, une bagarre avait éclaté dans un centre commercial et des voyous en avaient profité pour se livrer à des pillages. Où qu'ils se retrouvent, ses partisans laissent des tas de détritus derrière eux. On n'avait jamais vu une chose pareille à Singapour.
Le ministre Supremo reçoit des délégations de Singapouriens l'empressant d'agir au plus vite. L'Association des parents et des enseignants s'inquiète de voir les étudiants manquer les cours à cause des manifestations. La Société de la morale déplore l'influence délétère que le comportement grossier et cruel des rebelles exerce sur la jeunesse. La Société de promotion du tourisme redoute que toute cette agitation ne fasse fuir les touristes.
Mais le ministre reste imperturbable. "J'attends", dit-il serein, avant d'ajouter énigmatiquement : "Ça va venir."
Et ça arrive assez vite, le 37e jour de l'Expérience. Une avalanche de lettres dans la presse et sur Internet accompagne la plus grande délégation jamais envoyée au gouvernement pour exprimer le problème le plus urgent de tous les Singapouriens : "La valeur de nos biens est en train de chuter !"
Le ministre Supremo se décide à agir. Le ministre G.C. jubile : "Jetez cette ordure en prison ! Condamnez-le ! Donnez-lui des coups de bâton !" Mais le ministre Supremo l'arrête : "Non. Je vais l'inviter à prendre le thé."
Frankie Mah paraît très nerveux lorsqu'il est introduit dans le bureau du ministre. Dès son entrée, il voit une immense affiche avec son portrait, et ces mots :
"Hé, hé, hé, Frank – Kie – Mah
Tu croyais gagner,
Tu t'es bien trompé !"
Le visage de Frankie devient livide comme celui d'un cadavre.
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